Dans les yeux de Ken

Le photographe Ken Wong Youk Hong, a passé cinq jours par mois à Dax, à l’EHPAD des Glycines depuis le mois de janvier 2016, pour saisir des instants de vie des résidents.

 

Dans le cadre d’une résidence que lui a confié la ville de Dax, il photographie le quotidien des aînés au sein desquels il a su rapidement s’intégrer. Ken profite de ses congés pour passer du temps à l’EHPAD des Glycines en compagnie des personnes âgées qui logent là.

Il faut voir les poignées de main des messieurs et les bises des dames pour comprendre à quel point, Ken est ici chez lui, capable d’une empathie impressionnante avec celles et ceux qu’il nomme ses « amis ». Jour après jour, les photographies se sont accumulées, toutes tendres, respectueuses, vraies et généreuses.

« Avec eux, qui sont riches de tellement d’histoire, j’ai pu échanger et grandir, explique Ken. Il y avait tellement de belles choses à prendre. Je n’avais qu’à faire l’éponge et à recueillir cette mémoire vive...Maintenant, je vois la vieillesse comme une seconde enfance... ».

 

RENCONTRE / DEDICACE

Samedi 4 juin, rencontrez le photographe Ken :

  • de 11h à 13h à la librairie Campus
  • de 15h à 17h à la Brasserie de l’Atrium

 

 

Ken

Le photographe qui déjoue les clichés

Rien ne prédisposait apparemment Ken à devenir photographe si ce n’est les nombreuses rencontres qu’il a faites et celle qui va en particulier déterminer sa vie d’artiste.

Ken apprend la diversité au berceau. Il voit le jour en Guyanne le 17 décembre 1978. De sa mère martiniquaise et de son père aux origines chinoises, il apprend ce que métissage veut dire. Les valeurs qui lui sont inculquées sont simples : tolérance, écoute, partage.

Dans la cité du Grand Parc bien connue des Bordelais où il grandit, il apprend un nouveau concept : melting pot. Culturel, cultuel, racial. Ses copains de toutes les couleurs sont juifs, musulmans, chrétiens. À l’adolescence les préjugés n’ont pas cours. Il commence à regarder, sans les juger, les plus démunis.

Ainsi, un jour, Ken donne-t-il son manteau à un homme qui vit dans la rue. Musicien autant que mélomane, celui-ci partagera sa culture et sa passion avec ce jeune Saint- Martin des banlieues. Il a dix-huit ans. De manteaux en bonnets, de gilets en écharpes Ken réchauf fera ceux qui ont moins que lui.

Deux ans plus tard, il rencontre celle qui est aujourd’hui sa femme. Rencontre déterminante, car passionnée de journalisme, Coralie repère avant lui sa capacité à regarder, sa faculté à repérer, son « oeil ». En 2011, elle lui offre son premier appareil dont il n’osera faire usage qu’en 2013. Premier cliché qui déclenche l’image fondatrice. En noir comme l’espoir, en blanc comme le temps qui fout le camp.

Ken photographie Titi qui veut un souvenir de lui avec sa chienne malade. Quand le jeune photographe rapporte l’image, il a pris le soin de l’encadrer ! Du premier vêtement donné à la première photo, il y eut bien des rencontres, bien des amitiés. De cliché en cliché, souvent des commandes des copains de Titi, avec empathie et sans misérabilisme, Ken devient le photographe de la rue.

Un artiste qui pratique la Street photographie. Ken, bien de son temps, publie ses premières images sur Facebook. Sa page « L’oeil de Ken », vite repérée, rencontre son public, celui de particuliers soucieux de tendre la main, celui d’artistes qui ne mettent pas longtemps à pointer son talent.

De l’altruiste à l’artiste

Des mercredis photographiques de Bordeaux au collectif contre l’arrêté anti mendicité de Périgueux qui a donné lieu à une projection à la Bourse du travail, de la pecha kucha au sein de la biennale d’architecture de Bordeaux à l’exposition à l’espace Jean Macé à Lyon dans le cadre du cycle «mon voisin d’en face », Ken trouve sa place dans le paysage artistique et prépare de nouvelles expositions.

Celle présentée lors du forum social de Bordeaux, en partenariat avec le centre départemental de l’enfance et de la famille, vise à sensibiliser les plus jeunes. En mars 2015, au Rocher de Palmer à Cenon, l’exposition dans la salle de concerts « musiques du monde » donnera lieu à la publication de son premier livre : Comme une ombre dans la ville, aux Editions Passiflore.

Ken ne tague pas, Ken ne graffe pas, il regarde, il photographie donnant à voir l’autre comme différent, l’autre comme même. L’autre tout simplement.

Pascale Dewambrechies

 

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