Vasantha Yogananthan

 
"La saison d’été n’a pas encore commencé, mais, déjà, les caravanes, les camping-cars, les voitures et leur remorque roulent au pas sur la route qui mène à Piémanson. Ici, le 30 avril au soir, les estivants attendent fébrilement le départ d’une course singulière : à minuit pile, la plage sera ouverte à tous par les autorités. Cela fait vingt-sept ans que Michel tire ses caravanes depuis Manosque jusqu’ici. «Je connais cette plage grain par grain», dit-il. Il fait partie de ces habitués qui arrivent les premiers et que l’on surnomme les «doyens». Au petit jour, ils commencent la construction des campements. Le 1er mai à Piémanson, la fête du travail n’est jamais chômée.
Cette plage, dit-on, est la dernière grève sauvage d’Europe. Au cœur du Parc naturel régional de Camargue, elle s’étend sur 25 kilomètres jusqu’à l’embouchure du Rhône. Son histoire a commencé dans les années 1970, avec la création de la route reliant la plage au village de Salins-de-Giraud. Pêcheurs, campeurs, caravaniers, investirent les plages sans droit ni titre.
 
Au mois de juillet, les campeurs viennent de toute l’Europe. Arrivé d’Allemagne, Wolfang, campe depuis des années dans le camping-car qu’il a construit de ses mains. De l’autre côté de la piste, un groupe de familles originaires de la région s’est spécialisé dans la construction de cabanes de fortune qui servent d’annexe aux caravanes. Serge, Schol, Eric, Marc, Kéké, Moni, Jean-Claude et Laurent rivalisent d’ingéniosité : canapé en skaï, sono et guirlande branchées sur une batterie pour décorer un bar, douche solaire, toilettes sèches : leur imagination ne connaît pas de limites. A Piémanson, sans eau courante, ni électricité, sans tout à l’égout ni commodité, le bricolage fait partie intégrante de la vie quotidienne.
 
A la fin de l’été, en septembre, il ne reste plus rien de ce petit monde éphémère. Les campeurs sont partis sans laisser de traces."
 
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